Un habitant de Roubaix découvre par hasard ses liens familiaux avec un roi indien

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C’est une histoire à peine croyable dont 20 Minutes a eu écho auprès d’un agent consulaire en poste en Inde. Un jeune homme de 34 ans, habitant actuellement à Roubaix, serait en fait le prince caché de Mysore, la deuxième ville de l’Etat indien du Karnataka et ancienne capitale du royaume de Mysore. Intrigués, nous avons épluché de nombreux documents et finalement retrouvé le trentenaire en question, un certain Dineshradja Urs. Il a accepté de nous raconter la découverte de sa royale filiation, faite de hasards et de péripéties, dont l’épilogue devrait se tenir devant la justice. Accrochez-vous, parce que c’est un peu compliqué.

Jusqu’à ce que l’épidémie de coronavirus se répande sur la planète, Dineshradja Urs était un simple employé de banque dans le nord de la France. Un boulot qui lui permettait de « vivre correctement » comme il l’admet lui-même. Né en Isère en 1988, il ne connaît de ses origines indiennes que ce que ses parents ont bien voulu lui dire, par grand-chose au demeurant : « Je savais que l’on venait d’un milieu aisé et que mes parents avaient quitté l’Inde pour des raisons familiales. Mais globalement, on ne parlait pas trop de ça. » Les liens n’étaient pour autant pas coupés avec le pays où la famille retournait régulièrement, du moins dans la région du Tamil Nadu d’où est originaire la maman de Dineshradja.

Tout part d’une pub tournée avec les moyens du bord

En 2020, en plein Covid-19, le Roubaisien lâche la banque et démarche des entreprises indiennes pour leur proposer ses services de communicant. Une boîte de textile de la région du Kerala, au sud-ouest de l’Inde, mord à l’hameçon. « On devait lui faire un site Web, un plan de com et une pub. Mais comme le budget était serré, j’ai dû jouer moi-même dans la pub qui allait être diffusée dans les cinémas de la région », explique-t-il. Et c’est de cette pub tournée avec les moyens du bord que tout va partir.

Gilbert Barthassarady, prince contesté du Mysore.Gilbert Barthassarady, prince contesté du Mysore. - F.Launay / 20 Minutes

Le patron de l’entreprise reçoit beaucoup de retours de spectateurs qui croient reconnaître en Dineshradja, Yaduveer Krishnadatta Chamaraja Wadiyar, l’actuel maharadja de Mysore, adopté par le précédent roi faute d’héritier. La ressemblance est si flagrante que même la presse locale s’enflamme, compare des photos des deux hommes et s’interroge même sur d’éventuels liens familiaux. « C’était un peu tiré par les cheveux, mais ça m’a donné envie de creuser un peu », reconnaît Dineshradja.

A la préfecture locale, il découvre ainsi un acte de naissance à son nom enregistré en Inde alors qu’il est né en France : « Déjà, ce n’est pas normal, s’étonne encore Dineshradja. Alors j’ai comparé mon acte de naissance indien et le français. Les deux comportent bien mon nom et ma date de naissance, sauf que les noms des parents sont différents. » Sur le document indien, Dineshradja a les mêmes parents que le roi de Mysore. Sur l’acte français sont inscrits ses vrais parents. Malgré tous ces indices, les documents officiels indiens, la ressemblance avec le roi, le Roubaisien ne voulait pas y croire. « Je me suis dit qu’une telle histoire, ce n’est pas possible, mes parents m’en auraient parlé. » Ou pas, car subsiste le mystère de la raison ayant poussé sa famille à quitter l’Inde.

Il découvre un patrimoine incroyable enregistré à son nom

Alertés par les recherches entreprises par le Français, les services fiscaux indiens le convoquent pour tâcher de mettre les choses à plat. Se rendant compte que les deux actes de naissance correspondent à une seule et même personne, l’administration remet à Dineshradja une liste faramineuse de bien enregistrés à son nom en Inde et en Europe : terres agricoles, propriétés, usines… « Bien sûr, je sais que tout cela n’est pas à moi. Je comprends alors que j’ai sans doute été utilisé comme prête-nom, comme cela se fait parfois pour des raisons fiscales dans les familles aisées », suppose Dineshradja.

C’est finalement la réalisation de son arbre généalogique qui permettra au Roubaisien d’avoir le fin mot de l’histoire. Les grands-mères paternelles de Dineshradja et du roi actuel étaient sœurs. Ils ne sont donc pas frères mais cousins. Et s’il ne peut donc prétendre au titre de roi, il peut en revanche se prévaloir de celui de prince. Un titre plus honorifique qu’autre chose, la monarchie ayant été abolie en Inde. « Aujourd’hui, je ne revendique rien d’autre que la part d’héritage de ma grand-mère qui me revient par le droit du sang », affirme-t-il, sans être en mesure d’en détailler l’ampleur.

Cette revendication est entre les mains de la justice indienne et la procédure pourrait bien durer longtemps. « Moi, j’ai tous les papiers et le testament de ma grand-mère précisant que je dois hériter de ses biens, avance Dineshradja. L’histoire est simple, mais dans la réalité, il y a des contestations qui engendrent des reports. » Si la justice lui reconnaît cet héritage, la vie de Dineshradja Urs changera radicalement. Il sera reconnu officiellement en tant que prince et entrera en possession d’un patrimoine conséquent. En attendant, le prince indien a repris un emploi dans une banque à Roubaix.

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