Nord: Quand un musée rachète un faux en archéologie en connaissance de cause

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La fausse urne d'Hirtius.

La fausse urne d'Hirtius. — Département du Nord - Forum antique de Bavay
Le Forum antique de Bavay a acheté une fausse antiquité romaine. L'urne sera étudiée avant probablement d'être exposée. Les Hauts-de-France ont connu quelques grands épisodes de contrefaçon en archéologie.

L’Urne d’Hirtius est de retour ! Découverte à Bavay en 1834, cette urne en bronze contenait les cendres d’Hirtius, un proche de Ciceron. Dans la deuxième partie du dix-neuvième siècle, elle avait disparu de la circulation avant d’être proposée récemment par un cabinet d’expertise au Forum antique de Bavay qui l’a achetée. Son dernier propriétaire était un agriculteur retraité.

Sauf que cette urne est un faux. Et le Forum antique le sait très bien. Le blason, la représentation du personnage plus christique que romaine, les bucranes (crânes de bœuf), une erreur dans les chiffres romains prouvent la contrefaçon, déjà soupçonnée à l’époque. L’urne n’a rien d’antique, Hector Bochard, son soi-disant découvreur, s’était fait une spécialité de vendre des faux, prétendument trouvés à Bavay. À l’époque, la cité nordiste était la plaque tournante d’un trafic de contrefaçons. Même un Préfet avait été abusé !

Aujourd’hui encore, plusieurs musées de la région possèdent ainsi des faux de Bavay, le plus souvent dans les réserves. « Sur 60.000 objets, le Forum antique compte une vingtaine de pièces douteuses, tempère Véronique Beirnaert-Mary, la directrice du Forum antique. Si nous avons racheté cette pièce, c’est pour l’étudier, la comparer à d’autres pièces douteuses pour identifier si elles viennent d’un même atelier, etc. Ainsi, nous pourrons mieux comprendre l’archéologie à Bavay au dix-neuvième siècle »

Les affaires de la Somme

L’histoire de Bavay témoigne d’une réalité inhérente à l’archéologie : les faux. Les Hauts-de-France ont connu quelques affaires du genre. Les plus retentissantes viennent de la Somme. En 1863, sur le site de Moulin-Quignon dans un quartier d’Abbeville, un ouvrier de l’équipe de Jacques Boucher-de-Perthes découvre une mandibule humaine dans une couche stratigraphique très ancienne, contenant des silex taillés. Sauf qu’il s’agissait d’une mâchoire médiévale, piochée dans un cimetière voisin, placée là intentionnellement pour tromper.

À Amiens, un siècle plus tard, une autre affaire défraie la chronique. Fin 1987, deux prospecteurs amateurs vendent des statuettes à un antiquaire. Ils les ont trouvées dans les déblais d’un chantier de fouilles mené par une équipe d’archéologues confirmés. De 6 à 47 centimètres, en craie, certaines de ces statuettes sont des représentations humaines. Très frustes ou grotesques, elles auraient été taillées au troisième siècle. Cette affaire enflammera les archéologues jusqu’à ce que l’on prouve que cette centaine de statuettes avaient été fabriquées par leurs prétendus découvreurs.

Les faux au musée

Comble du faux : ces glorieuses contrefaçons se retrouvent parfois dans nos musées. Ainsi, la mâchoire de Moulin-Quignon a été exposée au Musée de l’Homme à Paris. Le musée Boucher-de-Perthes d’Abbeville possède d’ailleurs dans ses réserves quelques bifaces prétendument préhistoriques, mais taillés par des amateurs au dix-neuvième qui avaient saisi le bénéfice financier à en tirer. Le Forum antique de Bavay envisage, lui, de présenter la prétendue urne d’Hirtius dans un futur parcours d’exposition. De quoi donner au faux une véritable valeur historique !

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