Matthieu Delpierre, le plus Allemand des Lillois

Il y a 8 mois 330

Le 23 novembre dernier en marge de la réception de Salzbourg (1-0), le LOSC mettait à l’honneur les légendes de 2001, cette première génération de Dogues qui, il y a 20 ans, hissait le club lillois au cœur de la première campagne européenne de son Histoire. Parmi eux, Matthieu Delpierre effectuait son retour dans la capitale des Flandres, plus de 17 ans après l’avoir quittée. Nous l’avons rencontré dans l’un des salons qui surplombe le Stade Pierre Mauroy qu’il découvrait alors. Entretien.

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Matthieu Delpierre aux côtés de Matt Moussilou et Benoît Cheyrou, le 23 novembre 2021 au Stade Pierre Mauroy.

Tu as seulement 16 ans quand tu arrives au LOSC en 1996, toi qui, déjà, était un Nordiste expatrié…
Oui, mes parents sont originaires du Nord. Mon père (Joël Delpierre) était footballeur, je l’ai donc suivi au cours de sa carrière, ce qui m’a conduit à commencer à jouer au foot dans la région nantaise où il était par la suite entraîneur. Je suis finalement arrivé au centre de formation du LOSC où j’ai fait mes classes à partir de 16 ans, avant de passer professionnel deux ans plus tard.

À quoi ressemblait alors le LOSC ?
Ce n’était pas comme aujourd’hui, c’est sûr. Même si j’étais encore en équipes jeunes, j’ai vécu la descente en deuxième division en 1997. Le LOSC était alors en reconstruction. Il avait besoin de changements et il s’est développé avec l’arrivée de Vahid Halilhodzic en 1998, pour vite remonter deux ans plus tard.

Tu faisais partie de cette fameuse génération 2001 qui a découvert l’Europe. Qu’en gardes-tu ?
C’était pour moi une chance énorme d’être là, d’avoir pu entrer dans ce groupe qui quoi qu’on en dise, était quand même assez expérimenté. Ca m’a beaucoup aidé pour la suite de ma carrière. Cette chance m’a été offerte par Vahid. Je lui dois énormément. Il était super exigeant, toujours derrière notre dos, ne nous lâchait jamais. Mais bon, c’était pour notre bien et celui de l’équipe. Et puis ça fonctionnait, donc tout le monde marchait dans le bons sens.

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Cette Champions League 2001, qu’en gardes-tu ?
Un souvenir exceptionnel. Rien que d’avoir pu entendre la musique avant les matchs, ça me faisais rêver. J’avais vraiment conscience de la chance que j’avais de pouvoir vivre cette compétition aussi rapidement dans ma carrière (il n’avait que 20 ans).

En 2004, tu quittes le LOSC et la France, direction l’Allemagne, une destination pas si courante à l’époque. Pourquoi ce choix de carrière ?
Je ne sais pas vraiment. Mon idée était de tenter ma chance à l’étranger, de découvrir autre chose, un autre pays, une autre langue, mais aussi de me construire en tant qu’homme. Je le voyais dans ce sens-là, comme une opportunité de démontrer mes qualités quelque part où personne ne me connaissait.

Tu t’y épanouis pendant 10 ans. Te sens-tu aujourd’hui autant Allemand que Français ?
Oui. J’ai même presque passé plus de temps en Allemagne qu’en France au cours de ma vie. C’est vraiment devenu mon pays d’adoption. Ma femme est Allemande et j’y vis encore.

Icon_ONZ_010803_17_08.jpgEn quoi le football allemand est-il différent du football français ?
C’est difficile pour moi de juger puisque je ne suis pas vraiment le championnat de France, ou alors seulement les gros matchs qui sont diffusés en Allemagne. La Bundesliga a toujours été, je pense, un peu plus offensive, avec une volonté constante de marquer des buts, beaucoup de buts. C’était aussi peut-être ce qui faisait la différence avec la Ligue 1. À chaque match, tu avais des occasions, donc des opportunités de faire le spectacle.

Ce mercredi, le LOSC se déplace à Wolfsburg. À quel genre de match doit-t-on s’attendre, selon toi ?
Pas facile d’y répondre. Wolfsburg a récemment changé d’entraîneur (Florian Kohfeldt a remplacé Mark van Bommel le 24 octobre dernier). L’équipe a immédiatement retrouvé une certaine solidité en enchaînant les bons résultats (NDLR : interview réalisée avant la série de 3 défaites consécutives des Loups). C’est une équipe qui a de grosses qualités offensives, avec notamment Lucas Nmecha. Je pense que ce sera un match difficile.

Un mot sur le LOSC actuel. Gardes-tu un œil sur les résultats de ton club formateur ?
Bien sûr. J’ai suivi toute son évolution. C’est grandiose, ce qu’on a sous les yeux. C’est la première fois que je reviens à Lille depuis 2004. Quand je suis parti, le LOSC évoluait à Grimonprez-Jooris, donc pour moi, c’est forcément énorme de le retrouver aujourd’hui au Stade Pierre Mauroy. Le club est clairement passé dans une autre dimension grâce à ses titres, ses campagnes de Champions League. Il s’est établi au niveau européen.

Quel regarde portes-tu sur le début de saison lillois ?
On sait que ce n’est jamais facile d’enchaîner après un titre de champion. Il n’est pas simple de retrouver des forces pour repartir et jouer les premiers rôles, on se sent un peu vidé émotionnellement. Mais l’équipe s’est bien ressaisie en enchaînant les victoires. Je pense que le LOSC va vite retrouver le haut du tableau.

Un petit mot sur toi, retraité des terrains depuis 2016 après deux dernières expériences aux Pays-Bas puis en Australie. Quels sont tes projets ?
Après l’Australie, je suis revenu vivre en Allemagne où je suis aujourd’hui préparateur physique des moins de 15 ans du VfB Stuttgart depuis un an et demi. L’idée est de rester dans la préparation physique et d’évoluer au sein du club ou dans une autre structure. On verra ce que l’avenir me réserve.

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