Lille : De la guerre en Syrie à « Grand scène », l’incroyable épopée de Bassem et Rim

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Un voyage de dix ans qui se termine sur la « Grand scène ». Cette année, le Refugee food festival se tiendra à Lille entre ce mardi et dimanche. Il fera escale pour une journée dans le nouveau temple lillois de la cuisine, Grand Scène, rue de Béthune. C’est d’ailleurs au même endroit que Bassem et son épouse Rim viennent d’ouvrir leur restaurant de mezzes syriens, cinq ans après avoir participé à la première édition du festival.

Au premier étage de Grand scène, l’enseigne Ataya brille au moins autant que les yeux de Bassem et Rim. « C’est notre nom de famille, mais en arabe, ça veut aussi dire ''le don'' », explique Rim. Dans sa petite gargote, ce couple fusionnel prépare à ses clients des mezzes syriens. « Que du frais, du bio et du fait maison », insiste-t-elle. De la cuisine « levantine », inspirée des recettes de la maman de Bassem qui tenait un restaurant à Damas, en Syrie. « Je travaillais avec elle pendant les vacances scolaires, c’est elle qui m’a tout appris », se souvient le chef de 42 ans.

« Ce n’était plus le pays que l’on connaissait »

Aux larmes qui pointent dans les yeux des époux lorsqu’ils évoquent leur pays, on comprend que la blessure, déjà ancienne, n’est pourtant pas cicatrisée. C’est en 2012 qu’ils ont pris la décision de fuir la Syrie. « La guerre, cette violence, ce n’était plus le pays que l’on connaissait », soupire Rim. Ils ont fait une étape de plus d’an an en Egypte dans l’espoir de pouvoir rentrer chez eux avant de se rendre à l’évidence : la guerre s’installait. Prof de français à l’Institut français de Damas, Rim y avait rencontré Marianne, une expatriée : « Elle nous a proposé de nous héberger chez elle, à Lambersart. C’est comme ça que nous sommes arrivés dans le Nord », poursuit-elle.

Cela tombait bien, puisque la France, les deux amoureux en rêvaient depuis longtemps. A côté de leurs boulots respectifs, Rim et Bassem participaient à des soirées caritatives au cours desquelles ils cuisinaient pour des associations. « Des amis nous ont parlé du Refugee food festival qui cherchait des cuisiniers pour la première édition, en 2017 », enchaîne Bassem. Depuis, le couple n’a pas manqué une édition. C’est d’ailleurs l’organisation du festival qui a aidé Bassem à lancer son activité de traiteur à domicile, en 2018.

« On aime venir travailler »

La rencontre avec une autre Marianne va de nouveau changer la vie des Ataya. Marianne Barbier, la fondatrice de Grand scène. « Elle nous a proposé de participer à l’ouverture, d’avoir notre coin à nous. J’ai toujours voulu avoir un restaurant, mais c’est très compliqué alors je n’ai pas hésité », assure Bassem. Et Rim a lâché un CDI pour suivre son mari dans cette nouvelle aventure. « C’est dur comme métier, mais on aime venir travailler », sourit-elle.

« On ne va pas oublier notre culture, mais la France nous a sauvé la vie », reconnaît Rim, récemment naturalisée française et tout heureuse d’avoir voté pour la première fois. « Ici, c’est le démarrage, le tremplin. Mon rêve serait de créer une marque Ataya et d’ouvrir d’autres restaurants », confie Bassem. Et pourquoi pas une franchise s’interroge-t-il, « tant que l’on garde l’épice essentielle dans notre cuisine : l’amour ».

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