« Je suis très français quand même », raconte un Christophe Galtier amoureux de son pays

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Christophe Galtier, l'entraîneur du Losc, s'est confié à 20 Minutes

Christophe Galtier, l'entraîneur du Losc, s'est confié à 20 Minutes — DENIS CHARLET / AFP
Christophe Galtier a accordé un long entretien à 20 Minutes. Dans cette deuxième partie, l’entraîneur du Losc raconte ce qu’il aime en dehors du foot Fan du pilote de F1 Lewis Hamilton, Galtier apprécie aussi le vélo, la politique et les moments trop rares en famille.

Quand on lui a proposé une interview centrée sur l’homme et non pas l’entraîneur de foot, Christophe Galtier a rapidement donné son accord à 20 Minutes. Mardi au domaine de Luchin, le coach du Losc, épatant leader de Ligue 1 qui se déplace ce vendredi à Metz, est venu se raconter pendant plus de 50 minutes dans l’amphithéâtre qui accueille habituellement les conférences de presse.

Après un premier volet consacré jeudi à sa passion du foot, voici la deuxième partie de l’entretien où Galtier raconte ce qu’il aime en dehors du ballon rond. Cyclisme, Formule 1 mais aussi politique, le coach lillois se dévoile comme rarement.

En dehors du foot, quelles sont vos passions ?

J’ai cherché à me mettre au golf. C’est Alain Perrin (dont il a été l’adjoint) qui m’a initié quand on a commencé à travailler ensemble aux Emirats. On logeait à côté d’un golf, on avait du temps et on pouvait même y jouer tard le soir puisque c’était éclairé. Un jour, j’ai réussi un coup et j’ai trouvé ça extraordinaire. Je m’y suis mis, j’ai continué un peu à Saint-Etienne mais j’ai arrêté car c’est une passion qui demande beaucoup, beaucoup de temps. Et je n’ai pas le temps. Du coup, j’ai arrêté puis j’ai découvert le vélo grâce à Julien Jurdie, directeur sportif d’AG2R La Mondiale. C’est lui qui m’a initié au cyclisme.

Qu’est-ce que vous aimez dans le vélo ?

Ça me permet de m’évader et de faire des efforts intenses sans avoir de douleurs, de brûler aussi des calories. A ce moment-là, tu ne penses plus à rien. Tu penses à ton corps et à l’effort. Je pensais qu’il suffisait juste de se mettre sur un vélo et de pédaler pour avancer. Mais ce n’est pas du tout ça le vélo (rires). J’essaie de faire des sorties d’une ou plusieurs heures de temps en temps. Ça me permet de découvrir de beaux endroits comme l’arrière-pays stéphanois qui est magnifique avec de belles côtes. Dans le Nord, c’est plat mais il y a du vent. Je roule en France, je vais en Belgique, je peux aller jusqu’à la forêt de Saint-Amand. J’aime en faire seul mais aussi en groupe.

Vous regardez les courses ?

Oui, j’ai eu la chance de suivre une étape du Tour de France dans la voiture d’AG2R. J’ai vraiment vu ce que c’était ce métier. Et franchement, c’est plus que du respect que j’ai pour eux. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, c’est respect, respect, respect. On est dans l’exigence et les détails du sport de très haut niveau. J’ai trouvé ça passionnant. J’échange souvent avec Julien Jurdie sur les similitudes qui existent dans notre management. Comment aider l’athlète à se surpasser.

L'équipe AG2R lors du Tour de France 2019 L'équipe AG2R lors du Tour de France 2019 - Marco Bertorello / AFP

Quel autre sport vous intéresse ?

Je suis un passionné de Formule 1. J’adore l’évolution de ce sport. La série Netflix sur le sujet est extraordinaire. Dans une équipe, il n’y a pas de partenaires. C’est chacun pour soi mais je le comprends : ils sont 20 au monde à courir. Grâce à Gérard Lopez (ex-président du Losc), j’ai assisté aux essais de Renault l’an passé au Castelet. J’étais au cœur de la technologie. On est au millième de détail. Ça me fascine parce que ça se joue à un centimètre à chaque tour. C’est bourré de technologies mais après, il faut y être dans la voiture. Quand on voit l’accident de Romain Grosjean, on se rend compte du danger qu’ils courent.

Vous avez un pilote préféré ?

Moi, je suis Hamilton. Je trouve que ce mec est exceptionnel. Si j’avais la possibilité de passer une heure avec lui, j’aurais beaucoup de questions à lui poser. Il est dans l’exigence, dans la gagne. Quand il déclare gamin après une course de kart qu’il veut devenir le premier homme de couleur à courir en F1 et être champion du monde, je trouve ça incroyable.

 Les sept titres de champion du monde des pilotes de Lewis Hamilton Formule 1 : Les sept titres de champion du monde des pilotes de Lewis Hamilton - 20 minutes - Slideshow

En dehors du sport, qu’est ce qui vous plaît dans la vie ?

La mer. Pour tout ce qu’elle représente. Comme la pêche et les souvenirs que j’ai avec mon père qui n’est plus là aujourd’hui et qui repose en mer. J’aime la mer quand elle est calme, belle ou déchaînée. La mer fait partie de ma vie et pourtant, après les Emirats, je suis allé à Sochaux, Lyon, Saint-Etienne et Lille, des villes où il n’y a pas la mer. Mais j’ai toujours besoin d’aller m’y ressourcer. J’habite à Cassis qui est un village extraordinaire où je peux aller face à la mer et/ou sur la mer. Je trouve que la Méditerranée est magnifique et là où elle est la plus belle, c’est en Corse. La mer est vraiment un endroit où je vais me reposer, me détendre. Ça m’apaise.

La mer Méditerranée (illustration) La mer Méditerranée (illustration) - SYSPEO/SIPA

Est-ce que vous lisez beaucoup ?

Non. Je ne lis pas de bouquins mais je lis l’actualité sportive et générale. Par contre, un bouquin m’a marqué quand j’avais 20 ans. J’avais lu « La télé rend fou » de Bruno Masure qui était alors présentateur du JT de France 2. Et j’ai toujours ce bouquin en tête. Quand il y a la réussite, il y a automatiquement les écrans, les coups de projecteur, l’exposition médiatique… et tout ça peut rendre fou. Il faut garder les pieds sur terre et toujours avoir du recul sur les événements.

Vous regardez quoi à la télé ?

J’aime regarder les documentaires sur ce qui se passe dans le monde. Je suis souvent sur Arte où les docs sont très bien faits. Je me sens souvent prisonnier de mon métier et de ma passion mais quand je vais sur Arte, j’ai une ouverture sur le monde. Et ça m’intéresse beaucoup.

La politique, ça vous plaît ?

Oui, beaucoup. Je m’intéresse beaucoup à la personnalité de l’homme ou de la femme politique qui se présente. J’adore les débats et en particulier le face-à-face présidentiel. Je ne suis pas dans ce qu’ils disent mais dans ce qu’ils sont. Je regarde ça sur un plan tactique : comment ils sont physiquement, comment ils vont chercher le regard de l’autre, comment ils vont faire pour faire sortir l’autre personne de ses gonds.

Vous savez vous placer sur l’échiquier politique ?

Je n’ai pas d’étiquette. J’ai grandi dans une famille de droite mais je ne crois pas être un homme de droite. Je ne crois pas non plus être un homme de gauche. Je suis très généreux, j’aime le partage mais je m’attache à l’homme. Il faut que je sois touché par lui ou elle. Je m’y intéresse aussi parce que l’avenir de mon pays m’intéresse. Et là, ce qui arrive au président actuel, pour qui j’ai beaucoup de considération en tant qu’homme, est difficile. Pour arriver au pouvoir comme il y est arrivé, il faut être brillant.

Le débat présidentiel 2017 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron Le débat présidentiel 2017 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron - STRINGER / AFP

Et dans cette période-là, tout ce que j’entends m’irrite un peu. Aucun homme politique n’a vécu une telle période. On ne sait pas où on va. Je trouve que le gouvernement fait bien face même s’il commet des erreurs notamment celle avec les masques. Mais on est le seul pays au monde où on a autant d’aides économiques, où l’accès aux soins, les tests et les vaccins sont gratuits. Il ne faut pas l’oublier.

Êtes-vous un adepte des réseaux sociaux ?

Pas du tout. Je crois que c’est la plus grosse connerie qu’on ait pu inventer. Ça rend les gens cons car ils pensent qu’avec leur tweet, ils arrivent à influencer l’opinion. Je trouve que ça rend l’homme con. Je n’en parle même pas à mes joueurs car c’est une cause perdue.

Vous avez beaucoup bourlingué dans votre métier, quel pays vous a le plus plu ?

Je suis allé aux Émirats, en Grèce, en Italie, en Angleterre, dans plusieurs régions de France. Ça m’a permis d’aller prendre dans chaque endroit ce qui est le meilleur de chacun. Je trouve ça très enrichissant. Je le dis à mes trois garçons ; « Voyagez, voyagez » mais bon, ils ne voyagent jamais. C’est bien d’aller voir ce qui se passe ailleurs, de découvrir des cultures différentes, d’échanger, de partager. On n’en retient toujours que du positif et une grande ouverture d’esprit. Mais dans tout ce que j’ai fait, je trouve que le plus beau pays reste la France.

Parlez-vous des langues étrangères ?

Je parlais bien italien mais je ne le pratique plus. Je l’avais appris assez rapidement en allant là-bas. Je le comprends bien mais je l’ai perdu à force de ne plus pratiquer. Et puis, je tiens aussi des conversations en anglais mais je ne pratique pas assez. Je m’efforce de regarder des films en VO pour travailler et progresser. C’est important dans un club pour communiquer avec des joueurs étrangers.

Vous parliez de films en VO, vous aimez le cinéma ?

J’adore ça. J’aime aller au ciné. A Saint-Étienne, j’y allais une fois par semaine. Je me souviens même avoir vu « American Sniper » un lundi à 14h. J’étais seul dans la salle. C’était extraordinaire. Je me suis toujours dit que j’allais installer une salle de ciné chez moi. J’avais découvert ça, il y a longtemps dans le Sud chez Marcel Desailly qui avait fait une salle de ciné chez lui. Aujourd’hui, c’est faisable en appart car la technologie le permet. J’adore regarder un bon film sur une belle télé avec un bon son. Hormis les films de Science-fiction, tout me plaît et en particulier le cinéma français. Je suis très français quand même.

On sent que vous aimez beaucoup votre pays…

Ah oui. J’aime bien la France. C’est un beau pays. Il y a la mer, la montagne, la campagne, la forêt : il y a tout. Et j’adore les différences entre les régions et les gens. Par exemple, il y a un fossé entre les gens du Nord et les gens du Sud. Dans le Sud, vous ne vous connaissez pas mais peu importe, on vous fait la bise. Et 48 heures après, la même personne peut dire du mal de vous. C’est très folklore, ça parle beaucoup dans le Sud. Dans le Nord, il y a plus de retenue, plus de respect. Mais une fois qu’on est rentré dans le foyer, c’est à vie. J’ai retrouvé ici à Lille des gens que j’avais connus il y a trente ans quand j’étais joueur du Losc.

Qu’est ce qui vous plaît à Lille ?

Il fait bon vivre. J’adore le Vieux-Lille ! J’y vivais quand j’étais joueur dans la rue du Pont Neuf. Et aujourd’hui, j’habite à 600 mètres de là. Ce n’est pas un hasard Je voulais vivre là à Lille. Je voulais aussi que ma femme découvre Lille. Et elle adore. Je trouve que c’est une belle ville. Les gens sont gentils, francs. Faire des repas chez les gens du Nord, c’est extraordinaire. Ils ont cette qualité de savoir recevoir. Chez les gens du Nord, la table c’est quelque chose de sacré, dans le Sud c’est à la bonne franquette.

Lille, le 22 juin 2017 - Rues commercantes du Vieux Lille Lille, le 22 juin 2017 - Rues commercantes du Vieux Lille - Olivier Aballain / 20 Minutes

L’art de vivre à la française, ça vous parle ?

J’aime le bon vin, j’aime énormément le champagne mais je ne suis pas le genre de personne qui va en acheter des caisses. Ce que j’aime dans la table, c’est la convivialité et le partage. Peu importe ce qu’il y a dans l’assiette. J’aime bien être au bout de la table pour voir tout le monde heureux et en profiter avec mes amis et ma famille.

La famille justement, on dit beaucoup que c’est votre femme qui vous drive, c’est vrai ?

Elle n’aime pas ce terme mais c’est elle qui gère le quotidien. Elle gère les enfants, les petits enfants, la maison. Avec l’avancée de ma carrière et de mon parcours, elle met une hyperprotection autour de tout ça. Elle fait très attention à l’environnement. Quand on se retrouve, je vois depuis quelques saisons qui sont les personnes autour de la table. Et puis surtout, elle est capable de me dire ce que les autres ne peuvent pas me dire. Que ce soit sur mes réactions, mes interviews, mon comportement.

Christophe Galtier et son épouse Christophe Galtier et son épouse - Franck Fife/AFP 

Par exemple ?

Il y a quelques semaines, j’ai pété les plombs en traitant l’arbitre de malhonnête. Ça m’a coûté une suspension. Quelques heures après, elle est venue me dire « Qu’est-ce que tu as fait ? Tu es ridicule ». Après, elle aime le foot mais elle n’est pas connaisseuse. Elle sait que c’est un métier difficile dans lequel il y a une grosse pression. Elle fait en sorte de ne pas en rajouter et d’être au contraire un peu ce garde-fou. Elle n’est jamais ni dans l’euphorie, ni dans la déprime. Elle est d’humeur égale.

Vous avez une petite-fille de 7 ans. Quel genre de grand-père êtes-vous ?

(Ses yeux s’illuminent). Grand-père c’est quelque chose d’extraordinaire. Je suis un grand-père à distance car ma petite-fille vit à Ajaccio avec mon fils et sa femme. Ça me rend triste de ne pas le voir assez souvent mais c’est la princesse de la famille. Elle m’appelle Papi. S’il y a bien quelqu’un qui peut me faire faire n’importe quoi, c’est elle (sourire).

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