Hauts-de-France : Arcade aide les agriculteurs « sur le fil du rasoir » avant qu’il ne soit trop tard

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Xavier Bonvoisin, Amandine Huyghe et Marc Westrelin, devant les locaux hazebrouckois de l'association Arcade.

Xavier Bonvoisin, Amandine Huyghe et Marc Westrelin, devant les locaux hazebrouckois de l'association Arcade. — Nicolas Montard
Arcade aide les agriculteurs en difficulté dans la région des Hauts-de-France. En trente ans, l’accompagnement moral a pris le pas sur l’accompagnement technique. L’association les aide à remonter la pente, mais ne prend pas de décision à leur place. Arcade accompagne également les commerçants et artisans de petites structures. Un secteur qui inquiète particulièrement en ces temps de crise économique liée à la crise sanitaire.

En 2010, Romain* ne s’en sortait plus administrativement. Retards dans ses déclarations, impossible de payer son comptable, l’éleveur était perdu. Dans les journaux, il découvre l’existence d'Arcade. Rapidement, un duo de l’association se présente dans sa ferme des Flandres françaises. Un an a suffi à remettre les choses à plat, mais une décennie plus tard, il loue encore l’action dont il a bénéficié. « J’étais sur le fil du rasoir. On peut vite sombrer du mauvais côté. Ces gens vous aident, sans jugement et sans intérêt financier, en vous laissant prendre les décisions. Dans un monde agricole très individualiste où la faiblesse de l’un peut vite être exploitée par le voisin à la recherche de terres, c’est appréciable. »

Un bel exemple de l’action d’Arcade. Cette association, créée il y a trente ans, a pour mission d’accompagner les agriculteurs du Nord et du Pas-de-Calais qui perdent pied et ne s’en sortent plus. Par exemple, un agriculteur qui a des dettes. « Nous allons diagnostiquer, étudier les solutions ensemble, aller à la banque, expliquent de concert Marc Westrelin, vice-président, Xavier Bonvoisin, coordinateur et Amandine Huyghe, technicienne. Et résoudre tous les problèmes afférents, car c’est souvent un ensemble. Si la compta n’est pas faite, il y a des retards administratifs, qui ne donnent donc plus la possibilité d’accès aux droits sociaux et ainsi de suite. » Arcade couvre ainsi à la fois les côtés économiques, personnels ou environnementaux.

Accompagner et non décider

Une règle d’or : Arcade accompagne. La demande doit venir de l’agriculteur et l’association, qui dépêche toujours un binôme bénévole (technicien supérieur et ingénieur agricole) sur place, ne prendra pas de décision à sa place. « Si nous considérons qu’il va dans le mur, nous pouvons lui faire comprendre, mais il reste le seul maître à bord. En revanche, nous l’accompagnons devant les différents interlocuteurs, banques, Mutualité sociale agricole, etc. Ça permet de repartir à zéro avec ces structures, avec lesquelles le dialogue est parfois devenu difficile. » L’accompagnement permet de démêler des situations en apparence inextricables : comme quand une dette affichée à 40.000 euros s’élève réellement à 8.000 euros, une fois les différentes majorations soustraites. Arcade, qui fait partie du réseau Solidarité Paysans, peut proposer aussi des solutions pour relancer l’exploitation, par exemple avec l’agro-écologie.

En trois décennies, les choses ont évolué, note Xavier Bonvoisin : « Nous faisons de moins en moins de technique pour prendre de plus en plus soin des personnes… Nous sommes vraiment plus dans les risques psychosociaux, la souffrance au travail, l’épuisement, les burn-out, la prévention aux suicides… » Des groupes de parole et ateliers théâtre sont également organisés.

Quatre cent dix familles sont actuellement accompagnées dans la région, dont 60 artisans-commerçants. Depuis 2007, Arcade s’est en effet ouvert aux commerçants de petites structures. Un secteur qui inquiète particulièrement l’association suite aux longs mois de restrictions dus au Covid-19.

*Le prénom a été modifié.

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