« Pour moi, fils de rapatriés d’Algérie, Zidane est un symbole », confie Christophe Galtier

Il y a 1 semaine 24

Christophe Galtier entraîne le Losc depuis décembre 2017

Christophe Galtier entraîne le Losc depuis décembre 2017 — DAMIEN MEYER / AFP
Christophe Galtier a accordé un long entretien à 20 Minutes. Dans cette première partie, il raconte son enfance marquée par l’Algérie mais aussi la naissance de sa passion du foot. L’entraîneur parle notamment d’Eric Cantona, son ami d’enfance, mais aussi de son admiration pour Zidane.

Quand on lui a proposé une interview centrée sur l’homme et non pas l’entraîneur de foot, Christophe Galtier a rapidement donné son accord à 20 Minutes. Mardi au domaine de Luchin, le coach du Losc, épatant leader de Ligue 1 qui se déplace ce vendredi à Metz (21h), est venu se raconter pendant plus de 50 minutes dans l’amphithéâtre qui accueille habituellement les conférences de presse.

Du Losc, il n’a quasiment pas été question. Au contraire, c’est un Galtier fils de rapatriés d’Algérie, pote d’enfance de Cantona, amoureux de Zidane et fan de F1 ou encore de politique qui a pris le temps de parler de lui. Dans cette première partie, le coach parle de sa passion pour le foot.

A quand remonte votre premier souvenir de football ?

Je ne me rappelle pas quel match c’était mais c’était au stade Gerland. Je suis né à Marseille mais quand j’avais deux ans, mon père, qui était policier, a été muté à Lyon. On habitait entre Lyon et Villeurbanne. Et à l’époque, la sécurité était assurée par les policiers dans le stade. Mon père était souvent de mission à Gerland le dimanche après-midi et un jour, il nous a amenés au stade avec mes frères. J’avais six ans et je me souviens bien de Bernard Lacombe, Serge Chiesa, Raymond Domenech, qui était pied-noir comme mes parents. Je me souviens aussi du gardien de Lyon Yves Chauveau qui m’avait dédicacé une carte. J’ai vu mes premiers matchs à Gerland puis mon père a été muté à Marseille.

C’est à Marseille que la passion arrive ?

Oui. C’est vraiment arrivé quand j’ai emménagé dans une cité HLM toute neuve du quartier des Caillols. A l’époque, le HLM, c’était une qualité de vie exceptionnelle avec un vrai mélange de cultures. On jouait dans la rue sans risque d’incident, il n’y avait aucun problème. Si je pouvais, je revivrais la même enfance et la même adolescence dans cette cité où il y avait un club de foot : le Sport Olympique Caillolais.

C’est là-bas où j’ai fait mon premier entraînement. Jean Tigana jouait là-bas mais aussi René Marsiglia. Quant à moi, j’ai commencé à jouer aux côtés d’un certain Eric Cantona et de son frère Joël. On jouait tout le temps au foot : à l’école, au pied de la cité, aux entraînements. J’ai été pris d’une passion par ce jeu. Et puis, je suis allé au stade Vélodrome à l’époque des minots. Jean-Charles de Bono, mon cousin et filleul de mon père, faisait partie de cette génération-là. L’OM était en train de se restructurer à l’époque en Division 2.

Quelle est la personne qui vous a transmis la passion du foot ?

C’est Celestin Oliver, demi-finaliste du Mondial 58 avec la France. C’était mon entraîneur quand je suis entré en sport études. Avec Eric Cantona, on était émerveillé d’être entraîné par lui. Il nous transmettait sa passion tous les jours à l’entraînement. C’est lui qui nous a donné l’envie de tout faire et de tout mettre en œuvre pour essayer de faire une carrière professionnelle. C’est lui qui nous a donné le goût du foot. On avait 13 ans à l’époque.

Vous avez grandi avec Eric Cantona en fait ?

Oui. De l’âge de 7 ans jusqu’au titre de champion d’Europe Espoirs en 1988, on a presque tout fait ensemble. L’école, le sport études, on a beaucoup de souvenirs d’enfance communs. Aujourd’hui, je ne suis plus en contact avec lui mais je l’ai suivi pendant toute sa carrière. Quand il a quitté la France pour rejoindre l’Angleterre, c’était fou. Ce qu’il a fait à Manchester United, c’est extraordinaire. C’est l’une des légendes du club. J’ai suivi tout ça avec le regard du pote émerveillé. Je le trouvais à la fois très élégant, très charismatiques avec des buts et des réactions venues d’ailleurs. C’était tout un personnage.

Eric Cantona sous le maillot de Manchester United Eric Cantona sous le maillot de Manchester United - GERRY PENNY / AFP

Il était comme ça dans la vraie vie ?

Non. Il s’est construit comme ça. Il a toujours eu une forte personnalité mais ce n’est pas quelqu’un qui cherchait à avoir la lumière dans la bande, pas du tout. Il était très solidaire.

Aviez-vous des idoles quand vous étiez gamin ?

Oui. Johan Cruyff. La première coupe du monde que j’ai regardée, c’est celle de 1974. C’étaient les Pays Bas, les Orange. Ils vont en finale cette année-là puis y retournent en 1978. Je suis bercé par ces deux coupes du monde. En 78, le Mondial se jouait en Argentine, il y avait le décalage horaire avec des matchs à 22 h. Mais pour pouvoir regarder les matchs, je devais être bon à l’école. Sinon, c’était la punition.

Johan Cruyff sous le maillot des Pays-Bas lors du Mondial 74 Johan Cruyff sous le maillot des Pays-Bas lors du Mondial 74 - STF / AFP

Les matchs à la télé, ce sont aussi de bons souvenirs de famille avec ma maman qui me préparait un bol de chocolat au lait avec des tartines car le match allait arriver. Je me souviens exactement de la position des canapés à la maison quand je pouvais regarder le match avec mes deux frères et mes parents. Je me souviens aussi avoir été puni un soir mais ma mère avait entrouvert la porte du salon pour que je puisse regarder un match de Bastia lors de leur épopée en coupe UEFA en 1978.

Vos parents sont des rapatriés d’Algérie. Avez-vous gardé des liens avec ce pays ?

Mes parents et mon frère aîné sont nés là-bas. J’ai souvent entendu mes parents parler de ce fameux déchirement avec leurs amis et la famille. J’ai d’ailleurs été marqué par le film Le Coup de Sirocco, un film où on voit Marthe Villalonga à la gare. Elle vient d’être rapatriée et on la prend pour une mendiante. Ma mère pleure à chaque fois devant cette image-là. Je sais que ça a été très dur pour eux mais je leur ai dit un jour que ce pays appartenait aux Algériens et pas aux Français.

Que vous ont-ils répondu ?

Ils ont été choqués mais je le pense profondément. Il y a eu une guerre avec des atrocités des deux côtés mais les choses auraient pu se passer différemment. Ma famille a été touchée personnellement par ce conflit. Il y a eu des décès. Mais quand adulte, je sors cette phrase à mes parents, il y a un décalage entre ce qu’ils ont vécu et ce que je perçois. L’Algérie appartient aux Algériens.

C’est pour ça que votre joueur préféré est Zidane ?

Oui. Je suis Zidane. Pour tout ce qu’il incarne. Le joueur mais aussi le symbole de l’intégration réussie. Et Dieu sait qu’à Marseille, c’est important. Moi qui suis un fils de rapatriés, c’est vraiment le symbole. Je ne pense pas qu’il veuille l’être mais pour moi il l’est. J’apprécie son humilité et son humanité. Quand on parle d’humilité et qu’on regarde son parcours d’entraîneur… Il passe ses diplômes, prend son temps pour apprendre, prend en main la réserve, devient adjoint avant d’être coach. Se construire en tant que tel et avoir la réussite qu’il a, je trouve ça magnifique.

Le portrait de Zidane affiché dans le centre-ville de Marseille Le portrait de Zidane affiché dans le centre-ville de Marseille - GEORGES GOBET / AFP

Vous êtes aussi un grand amoureux des Bleus, pourquoi ?

Mes plus grandes émotions, c’est l’équipe de France qui me les a données. Dès 1978, je me mets à avoir la fibre bleu blanc rouge avec l’équipe de France, l’éclosion de Michel Platini et de toute cette génération avec Tigana qui venait de mon quartier. Le France-Allemagne de 82 à Séville est sans doute le match qui m’a le plus marqué. Et il y a évidemment 1998. Quand j’en parle, j’en ai encore la chair de poule. Les matchs décisifs avec le but en or, l’immense déception de l’expulsion de Lolo Blanc en demi-finale. Et puis Zidane et toute sa bande. Ah Zidane !

Retrouvez la deuxième partie de ce long entretien vendredi à partir de 10 heures sur 20minutes.fr. Cyclisme, politique, famille… Christophe Galtier parlera cette fois-ci de ses passions hors foot

Lire la Suite de l'Article